20 Janvier 2026

Quand le Hard Rock fait tomber les murs : ce que m’a appris un duo franco-polonais sur le management interculturel

Pays et régions

À travers une étude de cas originale mêlant hard rock et management, Ewa Gallou, experte en interculturel, décrypte les subtilités souvent invisibles de la collaboration franco-polonaise.

Quand le Hard Rock fait tomber les murs : ce que m’a appris un duo franco-polonais sur le management interculturel

On croit souvent que les cultures proches sont faciles à comprendre.
C’est d’ailleurs ce que pensait Jérémy, chef de projet français dans une entreprise internationale, jusqu’au jour où son collègue polonais, Bartek, l’a complètement déstabilisé. Pas à cause d’un conflit majeur, mais à cause de petites différences… celles qu’on ne voit pas, justement parce qu’on pense déjà se comprendre.

Une collaboration qui démarre mal

Jérémy travaille avec des équipes du monde entier : indiennes, marocaines, suédoises…Mais ce sont ses échanges avec les Polonais, et surtout avec Bartek, qui vont le mettre le plus mal à l’aise.
Dès les premiers jours, il remarque un ton abrupt. Bartek appelle sans préambule, pose sa question, et raccroche aussitôt.
Pas de bonjour, pas de formule de politesse.
Et quand il n’a pas la réponse, il rappelle… plusieurs fois dans la même journée.
Pour Jérémy, c’est déroutant : il y voit une forme d’impatience, voire d’irrespect. Mais pour Bartek, c’est tout l’inverse : être direct et réactif, c’est une marque d’efficacité et d’engagement.

Le mur des incompréhensions

Jérémy pilote un projet d’implémentation d’un nouveau système d’information.
Rien de parfait, certes, mais un outil pensé pour créer des synergies et renforcer la cohérence du groupe.
Pour lui, c’est une belle vision à long terme, une promesse d’harmonisation et de progrès collectif.

Bartek, lui, reste sceptique.
Son système local fonctionne déjà bien. Pourquoi changer ce qui marche ?
Les explications de Jérémy sur la stratégie globale, la cohérence d’ensemble ou la “vision du groupe” ne le convainquent pas.
Il attend du concret : des preuves, des chiffres, des résultats visibles.

C’est là qu’apparaît une différence culturelle plus profonde :
là où le Français raisonne souvent de manière conceptuelle, cherchant la logique et le sens global, le Polonais privilégie le terrain, le test, le résultat immédiat.
Deux approches différentes d’une même intelligence : l’une structure par le “pourquoi”, l’autre avance par le “comment”.

Quand la musique rapproche

Un jour, Bartek oublie sa caméra allumée.
Derrière lui : un mur de guitares électriques.
Hard rock fan, tout comme Jérémy.
La glace se brise instantanément. Ils échangent sur leurs groupes préférés, partagent des playlists, et peu à peu… la communication s’apaise.
En parlant musique, ils découvrent aussi leurs différences de rythme au travail.
Jérémy comprend que Bartek n’est pas froid : il est concentré sur la tâche.
Bartek réalise que pour Jérémy, la forme compte aussi, qu’un mot ou un ton peuvent construire ou rompre la confiance.

Ce qui se joue en réalité

Sous la surface, cette histoire révèle une dynamique classique mais souvent invisible dans les relations franco-polonaises.

  • Le Français pense d’abord en termes de lien et de cohérence. Il valorise les explications, la nuance, la vision d’ensemble.
  • Le Polonais agit dans le concret : il veut savoir ce qu’il faut faire, pour quand, et ce que ça change réellement.

L’un préfère comprendre avant d’agir, l’autre agit pour comprendre.

Quand ces deux logiques se rencontrent sans être reconnues, les malentendus s’accumulent :
le premier croit l’autre trop “pressé”, le second trouve le premier trop “théorique”.
Mais quand elles s’écoutent, elles deviennent complémentaires : la clarté opérationnelle nourrit la vision, et la vision donne du sens à l’action.

Les bénéfices d’une vraie compréhension mutuelle

En prenant conscience de leurs différences, Jérémy et Bartek ont trouvé une nouvelle façon de collaborer, à la fois plus fluide et plus respectueuse.
Ce changement n’a pas été seulement relationnel : il a profondément transformé leur manière de travailler.

  • Plus de réactivité : Bartek s’est senti reconnu dans sa volonté d’agir vite ; il a pris davantage d’initiatives et anticipé certains blocages techniques.
  • Moins de résistance : En reformulant les arguments du projet en termes concrets (tests, résultats tangibles, cas pilotes) Jérémy a réussi à obtenir l’adhésion de l’équipe locale.
  • Une confiance renforcée : Chacun a compris que la différence de style n’était pas une menace, mais une ressource : l’un poussait à aller plus vite, l’autre à réfléchir plus large.
  • Un leadership plus nuancé : Jérémy a ajusté sa posture : moins dans la démonstration intellectuelle, plus dans l’écoute et la co-construction. Bartek, de son côté, a découvert la valeur du dialogue et de la mise en contexte.

À la fin du projet, ils n’étaient plus simplement collègues : ils étaient devenus partenaires, capables de traduire la pensée de l’autre sans la juger.

Ce que cette expérience nous apprend

Les différences franco-polonaises sont rarement spectaculaires.
Elles sont subtiles, presque invisibles, et c’est ce qui les rend piégeuses.
Elles se nichent dans le ton, le rythme, la manière de raisonner.
Mais quand on apprend à les reconnaître, elles deviennent une force collective : elles permettent de combiner la rigueur conceptuelle française et la réactivité pragmatique polonaise, de concilier vision et action, planification et expérimentation.

Conclusion

La proximité culturelle entre la France et la Pologne crée une illusion de facilité.
Mais c’est justement cette proximité qui rend les décalages plus subtils et parfois plus déroutants.

Quand on apprend à traduire la logique de l’autre (du “pourquoi” français au “comment” polonais) les incompréhensions deviennent des occasions d’apprentissage mutuel.

Et souvent, il suffit d’une guitare… ou d’un peu de curiosité, pour accorder nos rythmes.

 

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